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LA FQCSF AU FIL DU TEMPS

 

Chronique d'une naissance annoncée

 

Cela aurait pu se produire autrement, ça aurait pu être quelqu'un d'autre, plus tôt, plus tard. Cela aurait pu ne pas se produire. Heureusement pour les adeptes de la tuile, voici ce qui est arrivé...

L'AMBIANCE

Nous sommes à Montréal à la fin des années 70. La formule duplicate du Scrabble, développée par le belge Hippolyte Wouters en 1971, est déjà très populaire en Europe. Des Championnats du monde de Scrabble francophone ont lieu depuis 1972, la Fédération internationale de Scrabble francophone (FISF) existe depuis 1978. Au Québec, quelques clubs sont actifs et pratiquent le Scrabble duplicate, dont possiblement le premier à avoir vu le jour au Québec, le club Évangéline, fondé par Louise Monet, aidée de Charlotte Monet et Gisèle Fruttero, à Montréal en 1977.

Un jeune homme, dans la mi-vingtaine, découvre à son tour le Scrabble duplicate; il y sacrifie même plusieurs nuits avec son beau-frère. Autour de lui, il remarque un certain engouement pour ce loisir. Des premières démarches auprès de Larousse lui permettent également d'apprendre qu'un groupe de Québec songe à se regrouper en association. Un rêve germe dans son esprit : pourquoi pas une fédération de Scrabble au Québec ? La tâche sera énorme, tout est à faire, mais avec des collaborateurs qui partagent sa folie et beaucoup de ténacité, tout est possible.

À l'été 1979, Denis Jodoin, il faut bien que le jeune homme ait un nom, envoie une lettre à Scrabble Players, à New York. Il a obtenu les règlements officiels de la partie libre (The Official Scrabble Players Handbook) et a pu mettre la main sur ceux de la FISF pour la partie duplicate; il demande que son association soit enregistrée pour respecter l'intégrité de la marque déposée Scrabble®. Des contacts sont également établis avec la FISF, la Fédération française de Scrabble, le gouvernement du Québec, Chieftain et les responsables des clubs existants.

Après des échanges d'information, Denis poursuit ses démarches et fonde le club de l'Université de Montréal à l'automne 1979, avec 20 membres enregistrés en novembre. Le club de St-Eustache voit le jour la même année. Mais tous ces clubs sont indépendants les uns des autres et les contacts se font surtout avec la Scrabble Crossword Game Players (SCGP), association  américaine qui promeut la partie libre et fonctionne en anglais. Mais Denis tient à être légalement autorisé à utiliser le mot Scrabble.

 

L'ADHÉRENCE

C'est ainsi que le 8 mai 1980, Denis Jodoin écrit à nouveau à la SCGP, joignant cette fois-ci le projet officiel d'implantation du jeu de Scrabble au Québec, tel qu'il serait régi par une Fédération québécoise de Scrabble francophone. Pour Denis, il (...) apparaît essentiel de conclure, dans les plus brefs délais, une entente écrite avec les personnes dûment mandatées par le fabricant nord-américain du jeu de SCRABBLE, autorisant la FQSF, ou ses mandataires, d'utiliser le nom de SCRABBLE, marque déposée, aux fins suivantes :

- Association sans but lucratif veillant à une implantation de clubs de joueurs de SCRABBLE partout, exclusivement au Québec

- Tenue de tournois francophones, régionaux, provinciaux et nationaux

- De publier toute documentation pertinente à la promotion et à l'information de ses membres et de la population en général (publicité, périodiques)

- Toute autre action favorisant la pratique du jeu de SCRABBLE francophone au Québec.

On remarquera que même après 20 ans, la Fédération est encore fidèle à sa première mission, telle qu'ainsi formulée. Le 26 août 1980, Denis reçoit un Open Club License Agreement de la SCGP, pour la Fédération Québécoise de Scrabble Francophone. Cette licence est valide pour un an et fait de la FQSF le membre 131 de Scrabble® Players®. Les lettres patentes de la FQSF sont émises par le gouvernement du Québec le 10 septembre 1980. La Fédération existe maintenant légalement; c'est d'ailleurs la date où les lettres patentes sont données et scellées qui détermine la date effective d'existence.

 

L'ALLIANCE

Tout est alors prêt pour une réunion historique, le 4 octobre 1980 : l'assemblée générale constituante de la FQSF. Cinq clubs, Collège du Vieux-Montréal (club de l'Université de Montréal déménagé et renommé), Rosemont, Évangéline, St-Eustache et Montcalm (Québec), ont délégué des représentants à cette assemblée (de ces cinq clubs, seul le club Montcalm a poursuivi ses activités sans interruption jusqu'à aujourd'hui). Ces représentants sont Katherina Stipkovic, Madeleine Harnois, Mario Buteau, Madeleine Pelletier, Jacqueline Godin, Pierrette Bisaillon et Jean-Pierre Sangin, ainsi que sept observateurs. Il y a aussi, bien sûr, Denis Jodoin qui devient le premier président.

À cette même rencontre, la toute jeune fédération s'affilie à la FISF et à la Fédération québécoise des jeux récréatifs (FQJR), affiliations qui existent encore aujourd'hui et qui permettent de partager locaux, services, expertises et ressources financières.

 

L’AFFLUENCE

Et la nouvelle Fédération ne chôme pas. Dès les 18 et 19 octobre 1980, le « premier grand tournoi » réunit 60 joueurs, rapporte 1 200$ de revenus et un profit de 266,38$. Il est remporté par un certain Mario Buteau avec une moyenne de 86,86%. Le certain changera rapidement de place : ses performances éclatantes lors des années subséquentes feront dire à tout le monde que « le meilleur joueur au Québec, c'est Mario Buteau, c'est certain! », à tout le moins jusqu'en 1989 où François Bédard vient lui disputer ce titre. Pour donner un coup de main à l'arbitrage et à la correction lors de ce fameux tournoi, quatre Européens traversent l'Atlantique et sont à même, déjà, de constater le dynamisme de leurs cousins d'Amérique. Ce sont Philippe Lormant, président de la Fédération française et son épouse, ainsi que Julien Kourotchkine et monsieur Duplicate lui-même, Hippolyte Wouters.

Cette nouvelle alliance fait rapidement des petits; dès la première réunion « officielle » de la FQSF, le 13 novembre 1980, six nouveaux clubs s'affilient. Et entre le tournoi et cette première réunion, sept Québécois participent aux 9es Championnats du monde à Liège à l'automne 1980; Louise et Charlotte Monet, Gisèle Fruttero, Madeleine Pelletier et André Sauriol au tournoi international («l'Open»), Mario Buteau et l'omniprésent Denis Jodoin à l'Individuel. Un cerne commence à être visible sous l'œil droit de Denis.

Les deux moteurs qui régissent les actions des différents membres du CA sont à ce moment-là l'organisation de la Fédération et son développement. La Fédération se rend visible un peu partout : au Salon Jeunesse 81 au Vélodrome Olympique, au Championnat de ringuette 81 à Ville d'Anjou, bref partout où le recrutement est possible. Et ça donne des résultats : les nouveaux membres et les nouveaux clubs poussent. En avril 82, il y a 17 clubs et plus de 400 membres.

Commence un phénomène propre à toute association dynamique et qui se produit encore aujourd'hui : un membre du CA ou d'une commission démissionne, un poste s'ouvre, un nouveau visage fait son apparition. Dans les cinq premières années de la Fédération, il y aura sept présidents, quatre trésorières, sept secrétaires et une vingtaine d'administrateurs.

 

LA DÉFENSE

À travers toutes ces péripéties, Denis tient toujours à la légalité de la Fédération. Le 5 mars 1981, une lettre est envoyée à Selchow-Righter, propriétaire de la marque de commerce Scrabble, pour avoir la permission d'utiliser le mot Scrabble, avec la note « SCRABBLE® est la marque de commerce déposée de Selchow et Righter et est utilisée avec leur permission », un peu comme en Europe, où la FISF est en règle avec Spears. Commence alors une longue saga épistolaire entre les cabinets d'avocats Dugas et Allard, représentant la FQSF, et Meredith et Finlayson, représentant Selchow et Righter. Deux événements ressortent de tous ces démêlés : en mai 1983, la FQSF dépose une demande officielle auprès du registraire des marques de commerce pour le sigle FQSF et le logo, ce à quoi S&R s'oppose évidemment; en novembre 1984, S&R envoie une proposition de règlement, dont voici les principaux points :

1) FQSF va amender sa charte pour devenir une association visant la promotion des jeux de table en langue française;

2) FQSF transfère et cède tous ses droits et titres sur sa marque de commerce (et son logo) pour la somme de 1$;

3) FQSF change son nom et retire le mot SCRABBLE de sa dénomination;

4) FQSF s'engage à payer les frais légaux inhérents à l'octroi d'une licence par S&R, jusqu'à concurrence de 1 000$.

Bref, la FQSF devient ni plus ni moins qu'une filiale de S&R, ce qui est loin de sa mission première.

La FQSF ne peut évidemment pas signer cette proposition. Malgré des pourparlers pour modifier cette proposition et la rendre acceptable aux deux parties, aucune entente ne survient. Le 13 juin 1985, S&R envoie un avis d'opposition officiel au registraire des marques de commerce concernant la demande de la FQSF, basée surtout sur la confusion qui pourrait résulter de l'utilisation du mot SCRABBLE par quelqu'un d'autre que S&R. Suivent d'autres échanges et une entente semble en vue; si on utilise les mots joueurs de Scrabble (ou clubs de Scrabble) dans la dénomination, S&R serait d'accord. C'est ainsi que lors de la réunion du CA de la FQSF du 7 décembre 1985, le nom est changé pour « Fédération Québécoise des Clubs de Scrabble Francophone ». Ce changement sera adopté à l'unanimité lors de l'assemblée générale du 1er juin 1986. En août de la même année, la demande d'enregistrement sera officiellement annulée.

Denis Jodoin n'est plus, à ce moment, président de la Fédération, poste qu'il a quitté en mai 1982. C'est qu'un autre projet mobilise ses énergies : la tenue des Championnats du monde è Montréal en 1984, moins de quatre ans après la naissance de la Fédération, projet qui sera mené à terme avec succès lui aussi.

Alors, résumons : premières démarches avec la Scrabble Crossword Game Players et Selchow & Righter; premiers contacts avec la FISF, Larousse et les autres clubs; fondation du club de l'Université de Montréal; fondation de la FQSF et organisation des premiers Championnats du monde au Québec. Et posons la question : à quand le trophée Denis-Jodoin pour le titre de recrue de l'année?

 

L'ACCOINTANCE

Évidemment, Denis n'était pas seul dans cette aventure. Au départ, le conseil d'administration veillait à la bonne marche de la jeune fédération. Mais très tôt, il a été décidé de confier certains mandats précis à des personnes choisies. Ainsi, dès novembre 1980, un comité sous l'égide de Denis Jodoin et Madeleine Pelletier voit le jour; c'est ce qui deviendra rapidement la Commission du règlement. Gaétan Brault et Raymond Richard succéderont rapidement au duo et, à tour de rôle, donneront l'impulsion voulue à cette commission.

En mai 1981, le conseil prévoit la publication d'un journal interne, dont le premier numéro serait disponible en septembre. C'est finalement en mars 1982 que sortira ce premier numéro; le comité de rédaction est composé de Katherina Stipkovic, Madeleine Harnois, Denis Jodoin et Jacques Dionne; 400 exemplaires sont produits au coût de 95$.

À l'automne 1981, Jacques Dionne prend la responsabilité de la Commission du classement, dont la première tâche sera de définir une méthode de classement. Dès le départ, le classement selon le pourcentage obtenu lors des différentes parties s'impose comme méthode pour départager les joueurs. Le nombre de parties requise pour être classé, la fréquence de parution du classement, le support utilisé et le coût de la carte membre (5$ en 1981: 4$ au club et 1$ à la FQSF) ont par contre changé au cours des années. Les premiers classements sont produits manuellement, dactylographiés puis photocopiés. En 1984, une petite révolution survient : le conseil d'administration autorise l'achat d'un ordinateur pour les besoins spécifiques du classement. Il faudrait demander au titulaire actuel du classement s'il se passerait de cet outil aujourd'hui...

 

LA SURVIVANCE

C'est ainsi qu'au fil des ans d'autres commissions s'ajoutent. Tout d'abord le Comité des jeunes, sous la direction de Marie Brodeur. On s'intéresse surtout aux jeunes qui jouent dans des clubs, on organise des tournois pour eux, bref on veut préparer la relève. Ce n'est que sous la direction de Sylvie Brassard, à la fin des années 80, que la Commission prendra le virage école.

Viennent ensuite la Commission des tournois, la Commission de l'équipe nationale et la Commission de l'information, toutes mises en place vers le milieu des années 80. La Commission de la promotion a sa première directrice en 1982; mais la suite est plus ardue, les courts termes de ses directeurs alternant avec les longues périodes d'orphelinat. La venue de l'Officiel du Scrabble amène la formation d'un comité pour la rédaction de l'ODS qui devient par la suite la Commission lexicale. Nouvelle technologie oblige, la FQCSF se met à l'heure de l'Internet, Un site est créé, enrichi et remodelé. En 2000, la Fédération reconnaît l'importance de cette nouvelle technologie et officialise la Commission Internet; c'est la dixième et la benjamine des commissions.

Des services connexes se sont également ajoutés au fil des ans; des responsables de la vente de livres à Québec et à Montréal, La Commère (service de renseignements scrabblesques en tout genre) et la présence d'un employé permanent au bureau de la Fédération depuis janvier 1991, avec sa panoplie d'activités : aide aux nouveaux clubs, aux écoles, fourniture de la papeterie officielle de la Fédération, support de logiciels, etc.

La Fédération compte actuellement plus de 1 500 membres répartis dans 63 clubs. Quinze personnes occupent les différents postes au conseil d'administration et dans les commissions, et les services connexes ont des titulaires. Tout est donc en place pour que la Fédération poursuive sur sa lancée.